Mohoumadi : « J'aimerais faire un championnat du monde »

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Posté le 07 Juin 2017 - Mis à jour le 22 Octobre 2018

L’Elancourtois a retrouvé, début mai, sa ceinture de champion d'Europe des super-moyens après une victoire aux points contre l'Espagnol Hilario. A trente-six ans, le boxeur est prêt à attaquer d’autres sommets.

Hadillah Mohoumadi boxe Guyancourt© C. Lauté - Photothèque SQYVous avez battu Hilario aux points pour redevenir champion d'Europe. Comment avez-vous abordé ce combat, deux ans après votre précédente victoire sur lui ?

En 2015, l'arbitrage était en sa faveur, mais j'avais pu l'avoir avant la limite. Là aussi, je savais qu'il faudrait vraiment faire la différence. Hilario a été plusieurs fois aidé par l'arbitre, qui ne l'a compté qu'une seule fois alors que je l'ai envoyé au sol plusieurs fois. Il tombait parce qu'il n'en pouvait plus mais l'arbitre a fait continuer le combat.

Il m'a sanctionné parce que, soi-disant, c'est moi qui le poussait au sol à chaque fois. A un moment, j'ai failli exploser contre l'arbitre, mais il fallait rester concentré sur la stratégie. Après le combat, l'autre a passé une semaine à l'hôpital, ça prouve que l'arbitre aurait dû arrêter.

Comment avez-vous préparé ce championnat d'Europe, sachant que vous avez remplacé un Russe qui s'est désisté ?

A la base, je devais faire le championnat de l'Union Européenne, contre un Italien à Elancourt. Pendant que je préparais, on m'a prévenu deux semaines avant que le Russe prévu pour le championnat d'Europe était forfait. Mon team a sauté sur l'occasion. Je me suis retrouvé challenger. En termes de préparation, j'étais prêt physiquement. La chance que j'ai eue, c'est que ça ne s'est joué qu'à une journée. Après, il a fallu travailler la stratégie parce que c'était un autre adversaire, mais je le connaissais pour l'avoir déjà battu il y a deux ans.

Comment vous organisez-vous en terme de planning ?

En tant qu'animateur, j'arrive à avoir des temps dans la journée dédiés à l'entraînement. Je ne suis pas forcément obligé de prendre des congés. En décembre, pour mon combat de reprise, j'ai pu avoir mes matinées, et je travaillais à partir de midi. Mais quand on arrive sur de grosses échéances, on ne peut plus. Il faut être concentré, et pouvoir s'isoler d'autant qu'être animateur est un métier très prenant.

Et puis, il y a aussi les responsabilités familiales qui prennent du temps. Donc pour ne pas être parasité avant une grosse échéance, notamment pour le côté psychologique, je me concentre pleinement à ça.

Comment êtes-vous arrivé à Elancourt ?

Hadillah Mohoumadi boxe Guyancourt© C. Lauté - Photothèque SQYGrâce à Antoine Farrugia, qui m'a fait venir dans sa salle. C'est clair que je n'aurais pas eu le même niveau si je n'étais pas venu à Elancourt, où j'ai trouvé un emploi, un logement, de bonnes conditions d'entraînement. Là où j'étais avant, ils n'ont jamais cru autant en moi. Ici, je suis soutenu.

En 2011, j'ai commencé comme directeur d'un gros centre de loisirs, aux Quatre Arbres, avec les accueils périscolaires de différentes écoles. En ce moment, je suis davantage animateur, je n'ai plus d'école à charge depuis novembre-décembre. Plus on avance dans les échelons, plus on a besoin de temps de préparation, et on ne peut pas négliger. J'ai pris huit semaines avant mon championnat d'Europe. C'est le minimum avant une grosse échéance, au moins trois entraînements par jour.

Qu'est-ce qu’Antoine Farrugia vous a apporté ?

Antoine, c'était un père, un conseiller, un entraîneur, c'était tout. Il m'a apporté de la confiance en moi-même, cette assurance à aller au combat. Techniquement, chez lui, il n'y avait pas de gâchis dans les coups, il ne fallait pas taper pour taper, il fallait être efficace. Et surtout il protégeait les boxeurs. Très peu de ses boxeurs revenaient avec la tête défoncée parce que il vous apprenait à vous protéger, à accompagner (les coups), à vous déplacer. Même à l'extérieur, dans un pays où ne parlait pas la langue, on ne sentait pas isolé.

Il pensait à tout, par exemple, ne pas prendre l'eau donnée par les gens du coin, on venait avec la sienne. Au restaurant, on échangeait les plats pour éviter les problèmes. Il connaissait tous les vices du milieu, et il nous protégeait.

Après votre défaite l'année dernière au premier round contre Callum Smith, vous n'avez pas songé à fin à votre carrière ?

Pourquoi arrêter ? Je sais que des personnes qui disaient « Hadillah, il est fini, il ne fera plus rien. » J'ai entendu ces rumeurs. Mais ce sont des gens qui ne me connaissent pas. Moi, je fais ce que j'aime faire. Tant que je garde ce plaisir, cette envie, et la capacité de boxer à un bon niveau, je continue. Je suis content de monter sur le ring.

 Vous avez appris de cette défaite ?

Oui, j'ai analysé tout ça. C'est clair que les Anglais avaient très bien préparé le combat. J'apprends de mes erreurs. Je travaille sur ce qui m'a fait perdre la dernière fois. C'est ce que j'ai fait. Je suis un boxeur puissant, mon bras avant est une arme fatale. Mais le problème, c'est comment je l'emploie. Parfois, je dois baisser mon bras arrière, et il m'a pris en contre.

Maintenant que vous êtes redevenu champion d'Europe, quelle est la suite ?

Dans l'immédiat, ça va être de remettre le titre en jeu. On devrait organiser la défense à la rentrée, en France j'espère. Je ne relâche pas l'entraînement pour ne pas trop perdre de physique, et rester à un bon niveau. Même si je ne me donne pas vraiment de limite, je pense boxer encore deux ans.

J'aimerais faire un championnat du monde. Je ne suis pas loin de la 10e place mondiale, et je serai plus haut après la défense gagnée de mon titre. Si je pouvais arrêter ma carrière sur un « Monde », ce serait super. Mais si demain j'arrête, je serai fier de ma carrière : deux fois champion de France, deux fois champion d'Europe, c'est pas rien.

Ralf Woodall pour saint-quentin-en-yvelines.fr

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